Une démarche collective

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Nous sommes un groupe de huit rédacteurs et facilitateurs, Ali, Bauss, Mungi, Nada, Krystel, Heba, Eyad et Shaimaa, ayant eu pour mission la création d’un atelier de coécriture associant 30 artistes et professionnels concernés par l’art en espace public. Les artistes et programmateurs sont venus du Maroc, de Tunisie, d’Egypte, de Jordanie, du Liban, et des Territoires occupés de Palestine. C’est Mahatat qui a organisé l’atelier et qui a élaboré les premiers contenus du site www.cowritinglab.com.

 

Comme il s’agit d’un projet à l’initiative de Mahatat, nous avons privilégié une prise de décision collective au moment de la conception du projet, et une fois surmontées les premières difficultés d’une telle approche, nous nous sommes retrouvés en train de coécrire le projet de l’atelier. Coécrire, c’est comme cuisiner à plusieurs avec un seul couteau, une grande planche à découper et une seule plaque de cuisson. Cela demande d’être capable à la fois de prendre des décisions rapides, d’être persévérant et ainsi de savoir répéter et reformuler ses idées, et aussi de savoir produire et relire de nombreux brouillons, démarche dont aucun d’entre nous n’avait vraiment l’habitude. En outre, dans le contexte arabe où sont parlés plusieurs langues et dialectes, nous avons été obligés d’adopter de nombreux synonymes. Même si le sens peut sonner légèrement faux, c’est la qualité de la mélodie plus que la finesse technique qui nous a semblé importante, d’autant plus quand il s’agit de culture en espace public, un espace déjà difficile en soi.

Comme nous étions déjà engagés nous-mêmes dans un travail de coécriture et que nous avions pu en ressentir les avantages, ça a été bien plus facile de prêcher la bonne parole.

 

Les rédacteurs étaient impatients de produire un contenu élaboré avec précision, soumis à l’analyse et à la pensée critique. Nous étions d’accord pour dire que les interminables workshops, séminaires, conférences, symposiums, forums, réunions et sommets qui rassemblent artistes et producteurs de disciplines artistiques variées à travers le monde arabe permettent rarement autre chose que des débats superficiels. Ils sont souvent basés sur les différences interculturelles et interlangagières, et quand des conversations importantes et complexes émergent, elles n’ont pratiquement jamais l’occasion de se transformer en synthèse ou en récit qui puisse être partagé avec d’autres gens. Un débat finit rarement en texte écrit à plusieurs.

 

Le premier matin, nous avons appris à nous connaître dans le cadre rustique charmant du Centre spirituel jésuite de Mokattam, qui surplombe le Caire. L’après-midi, nous sommes allés assister à un spectacle de rue dans le centre ville. Le deuxième jour, nous nous sommes divisés en petits groupes de trois ou quatre et nous avons commencé à écrire et créer ensemble des ébauches de documents, d’illustrations, de vidéos, d’enregistrements sonores et de graphiques.

Le processus de coécriture a commencé par une série de questions soulevées collectivement par la totalité des 30 personnes, questions à se poser avant, pendant et après une représentation artistique. Les thématiques abordées, caractéristiques de l’art participatif en espace public, sont allées des objectifs à la méthodologie, du contexte à la conception, de l’engagement social à la sécurité, en passant par des questionnements sur la potentielle deuxième vie d’un spectacle.

En plus du matériel résultant de ce travail fait à plusieurs, l’atelier a aussi abouti à des entretiens et des discussions filmées ou enregistrées. L’équipe rédactionnelle, constituée de Shaimaa Atef, Heba El-Cheikh, Eyad Houssami et Krystel Khoury, a non seulement exploité ce matériel mais a aussi identifié les thèmes clés récurrents qui forment l’architecture du site cowritinglab.com : identités artistiques, contextes, communautés et approches.

 

L’idée de départ du projet était de collecter de l’information, mais comme le montre ce site web, le processus de coécriture libère la créativité, invite à une narration à plusieurs voix, et, par-dessus tout, témoigne de l’implication totale des participants de l’atelier face à l’urgence de ce travail. Ils ont su aller au-delà des difficultés et des frontières, à travers le prisme de la langue arabe.

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